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LE Mythe 04
(04 étant le numéro attribué
administrativement au département)
Certains disent de la Haute Provence que c'était un désert.
Vu de Paris ou de Strasbourg, c'est un peu l'impression que l'on peut en avoir. De fait, la Haute Provence est un grand blanc sur beaucoup de cartes.
Au-delà de
nombreux drames locaux et personnels, la pauvreté économique passée de ce
pays fut peut-être sa plus grande chance. Il était resté sans industries (ou
presque), sans fumées (ou presque), sans défigurations (ou presque). Il
l'avait payé cher, mais il avait gardé son ciel pur, ses paysages, ses sites,
ses richesses géologiques, floristiques, faunistiques, archéologiques et
architecturales. Et ses hommes, les "montagnards", les
"gavots" avaient gardé leur particularisme local, leur langue,
quelque chose de leurs coutumes et de leurs libertés communales. On disait "N'est
pas Gavot qui veut ! ..."
Quand l'urbaniste Meyer-Heine proclamait, il y a vingt ans, que le principal capital économique de ce pays était son ciel, son soleil, ses espaces, ses paysages, ses richesses naturelles, archéologiques et monumentales, beaucoup le prenait pour un rêveur et un idéaliste dangereux. On brandit aujourd'hui ses prophéties, pour justifier la nécessité de protéger "la qualité de vie" et faire de la Haute Provence "une immense réserve de santé pour l'Europe", puisqu'elle est plus que toute autre, une terre d'harmonie et de synthèse.
Une récente enquête à grand retentissement a démontré que la nation tout entière était maintenant consciente de l'importance de ce capital : la Haute Provence arrive en tête dans la liste des "régions où il fait bon vivre" !
Certes, il y a là
encore un reste d'idéalisme : ce pays dur est exigeant ; il ne se livre pas
facilement. Mais des millions de gens en rêvent, dans les zones de brumes et
dans les plats pays. On ne cesse de penser au pays où fleurit l'oranger, au
pays du soleil et des grands espaces, au pays où nichent à la fois les
flamants et les circaètes, où l'on reçoit à la fois chaque jour l'air de la
mer et celui des plus grandes Alpes. C'est le mythe 04. On le trouve désormais
dans toutes les couches sociales de l'Europe.
Mais il faut faire bien attention aux mythes ! Ils sont très prodigues de conséquences. C'est un tel mythe qui nous a valu trente invasions successives depuis 2500 ans. C'est la grande course au soleil.
Que va-t-on faire, à une époque où l'on fait tant de choses nouvelles, pour garder à l'Europe, puisqu'elle en a de plus en plus besoin, ce capital de soleil, de nature, de paysages, de bêtes et d'hommes libres ? Comment concilier la sauvegarde des valeurs locales avec une civilisation d'échanges et de nivellements ? C'est le plus grand problème qui se pose à ce pays.
Pierre MARTEL
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