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LA PROVENCE FRANCAISE

Notre bon roi René, qui a surtout profité des conditions favorables de l'époque, est également le roi dont la faiblesse fait que la Provence tombe définitivement entre les mains des rois de France.

Louis XI s'empare de la ProvenceEn effet, Louis XI, habile et calculateur, lui fait comprendre que son héritage lui conviendrait. Abandonnant la fierté des Provençaux qui ne se sont jamais jusque là pliés volontairement à une puissance étrangère, notre bon roi déshérite son successeur naturel (René II de Lorraine) au profit de Charles du Maine. Ce dernier, sans successeur, est disposé à donner ses terres à Louis XI qui remporte ainsi une grande victoire sans aucune bataille.

1481 :

Louis XI s'empare donc de la Provence en 1481. Il nomme comme représentant Palamède de Forbin qui réunit les Etats généraux de Provence pour leur faire adopter 53 articles régissant la région. Après avoir lu les 6 premiers articles fort avantageux pour la population locale, l'évêque de Digne se lève pour remercier la bonté du roi de France et tout le monde vote le document dans son ensemble. Le problème est que les 47 articles suivants donnent les pleins pouvoirs à de Forbin.

La mort de Louis XI entraîne de la part des indomptables Provençaux des velléités d'indépendance. Le représentant du roi a alors l'idée d'orienter cette agressivité sur les juifs; c'est ainsi qu'en 1484 un pogrom a lieu à Marseille, que les juifs sont expulsés d'Arles et que la population de Manosque met à sac sa juiverie.

En 1496, la France veut faire valoir les droits d'Anjou sur Naples, la guerre reprend en Italie. Toulon est transformé en port de guerre moyennant de gros investissements. Les Marseillais arment à la course (deviennent pirates) et pillent gaiement de nombreux vaisseaux Génois, Florentins et Espagnols. Leurs prises encombrent tellement le port que le roi ordonne la construction d'un quai.

1515 :

Les troupes de François 1er commettent de tels dégâts en se rendant à Marignan que Manosque obtient des remises d'impôts.

La conquête du Milanais place face à face les deux grands de l'époque, François 1er et Charles Quint. En 1520, la guerre éclate, les français sont chassés d'Italie, le connétable de Bourbon trahit la France et envahit avec 18 000 hommes la Provence désarmée. La population rase les faubourgs des villes et s'enferme de nouveau dans les remparts. Toulon se rend, Aix se rend sans combattre. Marseille se défend pendant un mois. Mettant à profit ce répit, le Maréchal de la Palisse qui dit des vérités réussit à menacer le flanc de Bourbon. Celui-ci, pressé d'en finir, donne l'assaut à Marseille; le courage et les canons des défenseurs obligent les assaillants, harcelés par les paysans exaspérés, à se replier.

Marseille, grandie par cette épopée, se voit après la libération de François 1er dotée du Château d'If et elle accueille le mariage somptueux de Henri II et de Catherine de Médicis en 1533.

le château d'If à MarseilleEn 1535, la France s'allie aux Turcs, met la main sur Barcelonnette, la Savoie et le Piémont. Charles Quint franchit de nouveau le Var avec 50 000 hommes. Le connétable de Montmorency utilise la même stratégie de terre brûlée qui avait fonctionné 12 ans auparavant en massant ses troupes sur Marseille et Avignon. L'empereur détruit tout ce qu'il peut sur son passage et met le siège devant Marseille et Avignon. Sans ravitaillement sur place, il est contraint de se replier dans une totale débâcle en 1536.

Il faut plusieurs années pour reconstruire les dégâts de cette campagne, mais les Provençaux se sentent maintenant français.

Dernière anecdote, la flotte turc hiverne en 1544 à Toulon après avoir participé à la prise de Nice, les habitants lorsqu'ils peuvent revenir constatent que les amis y ont fait plus de dégâts que les ennemis.

Le comté à cette époque est délimité par le Rhône, la Durance, l'Ubaye et le Var. L'administration de France est bien acceptée et permet une reconstruction assez rapide. La démographie est galopante grâce à une forte immigration italienne, mais malgré tout on estime à 400 000 le nombre d'habitants.

La noblesse est peu nombreuse et la classe dirigeante est constituée de marchands. Il est à noter que la terre appartient souvent à celui qui la cultive. En 1500, à Rognes, on ne dénombre que 7 familles sur 54 qui ne soient pas propriétaires de leurs terres. Les différences sociales sont peu marquées : Anne de Demandolx met son fils en apprentissage chez un charpentier, le seigneur de Gardanne marie une de ses filles à Isnard d'Agoult et l'autre au sieur Vieil, laboureur. 10 % des revenus agricoles sont détenus par la noblesse, 25 % par des bourgeois, 5% par le clergé et 60% par les paysans. De plus, sous la poussée démographique, des manants défrichent en Haute Provence des terres sans demander l'avis de personne. En 1519, Adam de Crappone dérive la Durance et amène l'eau à Salon qui voit son profit annuel augmenter de 8 000 écus d'or par an grâce à lui.

Les productions principales sont le blé, la vigne et l'élevage. Marseille produit 200 000 hectolitres de vin et en consomme 60 000 soit 200 litres par an et par personne. L'huile d'olive est la matière grasse de base, des fruits sont récoltés un peu partout, on essaie même d'acclimater près de Hyères du riz, peu apprécié des Provençaux. Des oranges sont expédiées en Russie et en Pologne, sont cultivés de la canne à sucre, des palmiers dattiers et des poivriers. Le ver à soie se développe avec la multiplication des mûriers blancs, on découvre des plans de tabac qui donneront lieu plus tard à une industrie. Par contre, il est rarement fait mention de légumes, ceci étant dû à la faible présence d'irrigation.

A l'époque, il est bon d'être bergers, ces postes sont attribués à des fonctionnaires communaux et chaque habitant confie son bétail gratuitement. Sisteron possède 17 000 bêtes à laine, 450 boeufs et vaches, 250 chevaux et mulets. Le nombre de chèvres est réglementé en raison des dégâts qu'elles occasionnent.

La Camargue d'hier était comme aujourd'huiLe voyageur Félix Platter décrit la Camargue ainsi : "on rencontre de grands troupeaux de boeufs et de taureaux qui paissent en liberté ; des hommes, montés sur de petits chevaux agiles les poussent avec de longues perches à 3 pointes vers des enclos et avec le concours de curieux on les marque au fer rouge."

La transhumance est toujours un phénomène important; en 1516, Castellane voit passer 65 000 têtes de bétail se rendant dans les montagnes. Les bergers qui pratiquent ces déplacements ne sont pas des salariés, ils passent avec chaque propriétaire un contrat qui les intéresse au profit. Le berger prend en charge le troupeau moyennant une rente annuelle au propriétaire, 6 ans plus tard, il rend un troupeau équivalent à celui confié et garde tous les bénéfices (vente de la laine, du fromage, des agneaux en surplus).

L'augmentation de la population pose des problèmes de déboisement et les autorités sont forcées de défendre les abattages, sans grand succès il faut le dire. En 1492, Bayons est submergé par une vague de 16 mètres qui détruit le village à la suite d'un violent orage qui a dévalé les pentes défrichées. Ce déboisement massif pèsera lourd durant deux siècles.

L'industrie régionale est représentée par le tissage de la soie, du satin et du velours, par des moulins ressemblant plus à des usines, la tannerie (on importe même des peaux d'Afrique du Nord). Le savon de Marseille gagne sa réputation grâce à Georges Bronnenmayer, négociant allemand qui francise son nom en Prunemoyr, il embauche des ouvriers vénitiens, génois et espagnols pour produire 360 tonnes de savon dit de Paris. On produit également du papier pour lequel on interdit l'exportation de chiffons, des tuiles, briques et carreaux à Aubagne, des fonderies font des canons pour les galères.

Le grand commerce est concentré en Avignon et à Marseille grâce à la présence de banques Italiennes et Lyonnaises.

Les arts et la culture se portent également bien, de nombreux conseils municipaux entretiennent des écoles pour les garçons, créant une pénurie d'enseignants. Aix dispose d'un collège en 1543, deux universités voient le jour à Avignon et Aix. Cette dernière mal gérée directement par des docteurs en droit prend l'allure d'une corporation fermée où les étudiants ne sont que matières à revenu, laissant la partie belle à Montpellier et Toulouse plus démocratiques. Un imprimeur s'établit à Orange en 1573.

Il faut également citer Nostradamus né en 1503 à St. Rémy, médecin spécialiste de la peste, consulté par Catherine de Médicis, et médecin du roi. Il écrit les fameuses centuries (textes poétiques dans lesquels certains voient la prédiction de l'avenir une fois que celui-ci a eu lieu).

L'habitat à cette époque est dispersé, le commerce des villes est rare, Manosque compte 6 boutiques en 1530. La rue est soumise à la puanteur; écuries, étables, fumier alternent avec les habitations. A Marseille, les ordures sont jetées dans le port; au dire d'un contemporain, Aix est la plus gentille ville de France, après Paris, mais aussi la plus sale car : "l'usage des fosses de privés n'y estant point reçues, il faut aller faire ses affaires sur les toits des maisons, aussi dit-on qu'à Aix il pleut souvent de merde."

Les épidémies rodentL'état sanitaire de la Provence est si médiocre que la peste guette et qu'une épidémie se déclare tous les 10 ans en moyenne, malgré la construction d'hôpitaux entretenus par les communes. En 1586, on trouve même mention d'ambulances, 280 ans avant Henri Dunant. Malgré cela, le remède le plus efficace prescrit pour lutter contre la peste est la prière à la vierge de Cotignac.

Les horaires de travail dans les administrations sont fixés de 6 h 30 à 9 h et de 14 h 30 à 17 h, les vacances durent du 10 Juillet au 9 Octobre.

De nombreuses fêtes sont organisées, en particulier les carnavals où les gens riches organisent des carrousels publics, les enfants se livrent à des batailles d'oranges pourries. Des tripots sont organisés à Aubagne et des quartiers réservés à la prostitution sont délimités. L'Allemand Platter en visitant celui d'Avignon se voit enlever sa coiffure par une prostituée qui se sauve dans une maison avant de l'inviter à y entrer pour récupérer son bien.

Sur le plan religieux, le clergé est nombreux mais d'un niveau moral médiocre. Leur soif de gains amène de plus en plus de gens à adhérer à la réforme de Luther, ce qui prépare la violence des guerres de religion vers 1560. Seuls les jésuites se montrent à la hauteur, créent un collège en 1593, les autres ordres monastiques étant en pleine décadence.

LES GUERRES DE RELIGION

C'est également à cette période qu'ont lieu les guerres de religions. En Provence, dès la fin du XVème siècle, les montagnes du Lubéron ont été repeuplées de Piémontais et de Dauphinois se réclamant de la secte des Vaudois. Ces derniers, déjà dénoncés comme hérétiques lors de l'expulsion des juifs en 1501, sont de nouveau inquiétés par l'église en 1531. En effet, la poussée des doctrines Luthériennes risque de la destituer de son emprise et surtout de ses biens terrestres.

Après une période de persuasion relativement douce, l'archevêque d'Aix passe aux actes et fait exécuter 10 habitants de Villelaure, Cucuron et Lourmarin à Aix en 1534.

Comme les hérétiques osent résister par la force lorsque l'on vient torturer et tuer un des leurs, un arrêt de 1540 ordonne la destruction du village de Mérindol pour l'exemple. Un moment suspendu par François 1er, cet arrêt est exécuté en 1545 suite au saccage de l'abbaye de Sénanque par les Vaudois excédés des exactions qu'ils subissent. Du 15 au 25 Avril 1545, le Lubéron est mis à feu et à sang (3 000 personnes massacrées et 600 envoyées aux galères). Une enquête prescrite par François 1er n'aboutira jamais, le nombre de personnages importants impliqués étant trop élevé.

De terribles crimes de part et d'autreDans le même registre, on signale en 1555 une cage de fer au sommet du palais des Papes dans laquelle on enferme les hérétiques jusqu'à ce que mort s'en suive. A Draguignan, Antoine Richieu est lynché, salé comme un jambon et envoyé à Aix comme exemple.

Les guerre commence réellement en 1560 avec un soulèvement des protestants qui saccagent les églises de Haute Provence et commettent des violences de toutes sortes.

Les chefs protestants Mauvan et Montbrun le Dauphinois se rejoignent à Malaucène, le tristement célèbre Baron des Adrets les en déloge. Orange qui favorise le protestantisme se met de la partie sous la conduite de Perinet Parpaillot qui pille la cathédrale et se rend maître de la ville.

Lorsque Catherine de Médicis promulgue un édit de tolérance, le premier consul d'Aix fait massacrer la population protestante de Tourves. Ce à quoi les envoyés de l'état répondent par un massacre catholique près de Barjols.

La réforme semblant prendre le dessus, la reine mère veut rééquilibrer la balance, elle envoie le Comte Sommerive balayer les bandes qui infestent le Comtat et reprendre Orange. Parpaille est exécuté en 1562; encore aujourd'hui le sobriquet "parpaillot" désigne en Provence un protestant. La prise d'Orange amène le sanguinaire Baron des Adrets à se convertir au protestantisme, il s'empare de Mornas, y commet un affreux massacre et il lance sur le Rhône un bateau de cadavres vers Avignon portant la mention : "Gens d'Avignon, laissez passer ces marchands, car ils ont payé le péage à Mornas."

Après la prise et le massacre de la garnison de la citadelle de Sisteron en 1562, Sommerive finit de purger la région des protestants. Ce même Sommerive réussit à garder la Provence calme lors des événements qui se déroulent ensuite dans le reste de la France, même lors du massacre de la St Barthélémy en 1572. Seul un dernier épisode lors de la paix de Beaulieu éclate, du fait des descendants des Vaudois qui organisent des raids et se font grassement payer leur départ en 1578.

Ces troubles entraînent également une jacquerie, partie de Callas et qui est rapidement réprimée par Carcès. La peste reparaît et la guerre s'arrête.

1584 :

Henri IVL'arrivée d'Henri IV comme roi protestant relance les hostilités, les catholiques deviennent rebelles et inversement. La population qui en a assez de ces guerres désapprouve, 500 réformés partent vivre à Genève et donnent naissance à l'industrie horlogère suisse. La guerre qui met à feu et à sang la Provence, tour à tour envahie par les Espagnols et les Savoyards, ne s'arrête que lors de l'abjuration d'Henri IV en 1594. Marseille pense gagner son indépendance et place un certain Charles de Cazaux qui s'avère un dictateur et est assassiné le 17 Février 1496; le 3 Mars, le Duc de Guise est acclamé lors de grandes cérémonies. A cette occasion, Henri IV aurait proclamé : "C'est maintenant que je suis roi de France".

Jusqu'à 1660, la Provence panse à nouveau ses plaies et la fronde qui forgera le caractère autoritaire de Louis XIV n'est que l'épisode ultime et dérisoire d'une mentalité provençale toujours contestataire mais toujours affaiblie par ses divisions.

Cette période est marquée par l'administration de Guillaume du Vair qui, appliquant l'Edit de Nantes (enfin enregistré par le parlement d'Aix), autorise le culte protestant notamment à Manosque, à Velaux au Luc. Il remet également rapidement l'économie en route par sa clairvoyance pour tout ce qui touche à l'administration et à la finance. Sous son administration, est créée ce que l'on peut appeler la première chambre de commerce moderne en France et peut-être au monde, en 1599 à Marseille.

En 1633, Le Cardinal Mazarin qui finira plus tard en disgrâce en Avignon, réorganise la marine française en Méditerranée, il est d'ailleurs grand temps : un rapport de l'époque précise : "Toulon est défendu par un bonhomme de gouverneur qui n'a pour toute garnison que sa femme et sa servante." En 1642, les arsenaux, les fortifications de Toulon, de Giens, des îles d'Hyères, ainsi que 65 vaisseaux de guerre et 25 galères assurent la sécurité du commerce en Méditerranée contre les Barbaresques.

A cette époque, un grand élan démographique fait doubler la population qui est de plus en plus attirée par les villes (Marseille, Aix, Toulon). Les rendements agricoles restent médiocres et il est impossible de nourrir tout le monde sans l'importation. On constate que les années de bonne récolte, les mariages sont plus nombreux; la disette et les épidémies qui continuent à tuer n'empêchent pas la population d'augmenter.

Au niveau de l'agriculture, peu de changements sont à signaler par rapport au siècle précédent. Le hollandais Van Ens qui assèche le marais d'Arles et permet la mise en culture de 2 500 hectares. Le déboisement qui s'amplifie de façon critique. L'huile d'olive est produite en trop grande quantité, le vin aussi et on le transforme en eau de vie à exporter. La lavande se développe en Haute Provence pour les abeilles qui fabriquent du miel.

Les laboureurs du siècle précédent sont pour la plupart devenus rentiers en louant de petites parcelles à des métayers.

On assiste également, dès cette époque, à un "ras le bol" général face aux impôts qui ne cessent d'augmenter, sans pour autant combler les dettes ni des villes, ni du pays.

L'industrie reste identique à celle du siècle précédent, le commerce intérieur est faible à cause du risque permanent de disette et des nombreux et exorbitants passages douaniers à l'intérieur de la région. Les voies navigables du Rhône sont ensablées et l'argent manque pour les entretenir. Arles décline lentement, même Marseille voit son trafic décliner avant 1650, à cause des pirates barbaresques et corses, ainsi que de la concurrence des républiques marchandes d'Italie.

Ce siècle voit également le nombre de nobles en sensible augmentation, par le biais d'anoblissement de riches roturiers (les Galiffet, les Valbelle, les Forbin...) ainsi que par l'achat de charges administratives ouvrant les portes de la noblesse (membre du parlement...). Déjà à cette époque, Aix (siège du parlement) est entre les mains d'une poignée de familles ayant acquis leur prestige dans les hauts et les bas de l'histoire provençale.

Le peuple qui représente 95% du total peut être classifié selon les "castes" suivantes : Bourgeoisie (vivant des rentes de leur possession), robins cossus et laborieux (fonctionnaires et professions libérales), métayers (louant des terres), ouvriers, manoeuvres, bagnards et serviteurs, et enfin immigrés et mendiants.

On trouve également en Provence une forte et originale population étrangère : des Turcs, des Barbaresques, des Egyptiens ou Gitans qui effraient, des juifs dans le Comtat sous la protection des papes toujours propriétaires des lieux, des Italiens et des hollandais à cause d'Orange qui appartient toujours à la maison de Nassau.

Enfin , sur le plan religieux, la décadence du clergé régulier et séculier se poursuit, mais, sous l'impulsion du peuple dont la ferveur chrétienne ne s'est jamais démentie, on assiste à un nouveau faste de l'Eglise par l'intermédiaire d'organisations charitables et strictes qui amènent un renouveau cadrant avec l'époque baroque pour le faste et le grandiose.

L'enseignement bien que toujours réservé à un petit nombre de gens se développe petit à petit. La langue parlée est le Provençal (noblesse et bourgeoisie comprise).

1645, la fronde :

La régence accompagnant le début du règne du jeune Louis XIV permet à la grogne antifiscale de s'exprimer. Suivant les mouvements parisiens et malgré l'habileté de Michel Mazarin, archevêque d'Aix et frère du fameux cardinal, des soulèvements populaires se produisent en 1649. Aux cris de "Vive la liberté, plus d'impositions", on détruit les Mazarinbureaux fiscaux, et on assiège le gouverneur. Il faut savoir que cette révolte est attisée par les parlementaires d'Aix, à qui on a fait savoir qu'ils ne siégeraient plus que chaque semestre, ce qui affaiblit leur orgueilleuse autorité. Le Comte d'Alais (le gouverneur) annule les dispositions concernant le semestre, peut partir et va chercher les soldats qui ont commencé à ravager le pays. Comme les villes de Provence trouvent le semestre utile au peuple, car abattant l'orgueil des juges, et que les nobles sont fatigués de l'orgueil des parlementaires aixois, une sorte de croisade est organisée contre le parlement. Les troupes fidèles au parlement sont écrasées près de l'Argens. Malheureusement, Mazarin inquiet de la popularité d'Alais met ce dernier à l'écart avant qu'il ait le temps de débarrasser définitivement la région de cette stérile prépondérance aixoise.

En dehors de cette fronde aux causes artificielles, de vrais troubles ont lieu dans le Comtat à cause du chômage. Les Marseillais, excédés de la destitution de Valbelle, mettent le chevalier de Glandeves Niozelles à la tête d'un parti populaire en 1658. Malgré des mesures conciliantes, Marseille brave ouvertement le pouvoir royal; dans ces conditions, Louis XIV arrive à Aix en 1660, fait condamner quelques membres du parlement aux galères et ordonne à Mercoeur d'entrer à Marseille à la tête de plus de 6 000 hommes, ce qui est fait le 23 Janvier. Louis XIV entre dans Marseille par une brèche ouverte dans les remparts; traitant la ville en cité conquise, il fait condamner les meneurs à la roue ou à la pendaison ou aux galères. Il impose la communauté d'une contribution extraordinaire de 750 000 livres et laisse sur place une garnison de 3 régiments.

Ce traitement fait qu'il n'y a plus à proprement parler de fronde en Provence.

DU ROI SOLEIL A LA REVOLUTION

Après cet épisode où chacun a compris qu'il vaut mieux obéir, l'administration de Colbert, organisée et puissante, se met en place et verrouille le pouvoir si souvent changeant de la Provence. Cette main mise se manifeste par la mise en place d'une multitude de fonctionnaires dont les pouvoirs sont toujours plus grands.

A cette époque, la noblesse calque son comportement sur Versailles, en particulier les nouveaux nobles parvenus, s'offrant un titre pour mieux pérorer dans les rue d'Aix (l'état, à cours d'argent, invente de toute pièce en 1704 une chambre des eaux et forêts dont les sièges s'arrachent à prix d'or).

Le Clergé poursuit son redressement, aidé par le courant totalitaire de son mode d'administration.

Les états de Provence ayant perdu leur pouvoir, une assemblée générale des Communes voit le jour. Cette assemblée comporte outre l'archevêque et les consuls d'Aix, deux procureurs du clergé, deux de la noblesse, mais aussi, à partir de 1641, des représentants du tiers états dès lors suffisamment prépondérants et motivés à soutenir le roi pour museler les institutions obsolètes. Dans ce cadre, Aix est abandonné et l'on se réunit à Lambesc à partir de 1664.

On retient seulement du règne de Louis XIV que les lourdes impositions, en dépensant toutes les réserves du peuple, préparent la révolution.

L'agriculture régionale marque un net déclin, la production de blé stagne à cause du ravinement des eaux consécutif à la déforestation (phénomène appelé les déserts en marche). L'élevage producteur d'engrais décline par manque de pâtures et à cause de maladies dans le bétail, les projets d'irrigation ne voient jamais le jour. Le gel de 1709 détruit la majeure partie des oliviers, la vigne se développe. L'élevage marque un net déclin.

Louis XIVDémographiquement, on assiste également à une stagnation avec environ 660 000 habitants en 1700, la population des villes décline, la population vieillit à cause d'une forte mortalité infantile et d'une baisse de la nuptialité. Les impôts et vexations en tout genre nourrissent en profondeur une volonté égalitaire de la part des populations campagnardes.

Par contre, sous la poussée de Colbert, l'industrie fait de notables progrès, on commence à sérieusement exploiter les mines de charbon à Fuveau, qui alimentent diverses industries dont les savonneries et les fours à chaux. Marseille se dote de nombreuses fabriques dans des domaines divers (tannerie, tissage, papeterie, chapellerie), le savon de Marseille gagne ses lettres de noblesse et on distille la mélasse des îles pour en faire du sucre.

Sous l'égide de la chambre de commerce, les échanges internationaux de Marseille (en particulier avec les pays du Levant) deviennent prépondérants dans l'économie locale surtout après la franchise fiscale accordée par Colbert. Les guerres de Louis XIV contre la Savoie et l'Italie sont très mal vécues par les Provençaux qui en ces temps de disette acceptent mal de devoir assurer le ravitaillement d'armées n'ayant pu conserver Nice et qui rejetés d'Italie ont du mal à arrêter les envahisseurs devant Toulon (c'est le cas de Caderousse en 1709 qui est contrainte par une véritable expédition militaire).

Enfin, la révocation de l'Edit de Nantes entraîne de nouvelles persécutions à l'encontre des protestants, les dragonnades occasionnent 83 conversions forcées, des Orangeois nonobstant la menace des galères à perpétuité fuient en Prusse, en tout 1500 protestants fuient le pays.

Pour les arts et la culture, citons Madame de Sévigné qui meurt à Grignan et qui a fort bien dépeint la vie de la noblesse provençale, Nicolas Saboly, auteur et compositeur de noëls provençaux. Les scientifiques sont également nombreux dans des domaines aussi divers que la botanique, la cartographie, ou l'astronomie. L'enseignement a pris forme, l'université d'Aix est contrainte de se réformer afin de ne plus enseigné le droit aixois, mais le droit français.

XVIIIème siècle :

Le pouvoir économique de la métropole marseillaise se fait de plus en plus sentir et Marseille devient progressivement la grande capitale de Provence.

L'agriculture continue à voir ses productions stagner comme au siècle précédent. Notons tout de même l'arrivée de nouvelles plantations comme la garance amenée par le Persan Althen qui donne naissance à Althen les Paluds dans le Comtat.

La démographie, après la stagnation qui dure jusqu'en 1740, en particulier à cause de la grande peste de 1720, repart. D'une part la population est en voie de rajeunissement, d'autre part, il faut nuancer géographiquement cette croissance : jusqu'à 1750, la basse et la haute Provence ont toujours été peuplée de façon égale; à partir de cette période, on observe une baisse progressive de la haute Provence et une augmentation de la basse Provence. Ces chiffres peuvent faire penser que l'exode rural commence à cette époque, une agriculture moins rémunératrice et une industrie en développement doivent être les causes de ce phénomène.

Dans les campagnes, les gens s'installent au milieu de leur terre, délaissant progressivement les villages, d'autres se créent de toute pièce comme Charleval.

La peste qui a tué 50 000 personnes à Marseille absorbe un grand nombre de gavots de haute Provence ainsi que de Piémontais et d'Italiens en général.

La grande peste :

La plus grande tragédie de ce siècle provient de la cupidité de marchands marseillais. En effet, le 25 Mai 1720, un navire marseillais, le "grand saint Antoine", rentre de Syrie chargé d'indiennes et de cotonnades estimées à 100 000 écus. La visite sanitaire qui a été faite à Livourne au retour, fait état de décès causés par "des fièvres malignes pestilentielles". Dans ce cas, l'équipage doit être placé en quarantaine et la marchandise doit être brûlée. Seulement, une part importante de la cargaison appartenait à J.B. Estelle, échevin de Marseille, ainsi qu'à deux de ses collègues. Les intendants sanitaires comprennent fort bien leurs supérieurs et les papier du bateau sont falsifiés. La cargaison commence à peine d'être écoulée en ville que les premiers porteurs qui l'ont déchargée commencent à mourir.

La peste arriva par la merRésultat : une peste qui dure plus de 2 ans, touche toute la basse Durance et le Var à l'exception du Comtat Venaissin qui dresse un haut mur de plusieurs dizaines de kilomètre (des vestiges subsistent encore), gardé nuit et jour par des soldats.

Cette épisode tragique qui donne lieu à de véritables moments de bravoure et de dévouement est bien décrit par Pagnol dans la nouvelle qu'il a écrite sur le sujet, dans "le temps des amours".

Dernier détail de bravoure, notre cher parlement d'Aix souhaitant se conserver à leurs hautes fonctions fuient immédiatement dans les Alpilles, puis comme l'épidémie approche, ils s'enferment dans l'abbaye Saint Michel de Frégolet.

On comprend mieux le dicton populaire de l'époque qui affirme que les trois fléaux de la Provence sont le Mistral, la Durance, et le parlement.

La guerre, autre fléau de la Provence, est également présente lors de ce siècle, lors de la succession d'Autriche. Celle-ci commence par les pertes maritimes que subissent Toulon et nos alliés Espagnols, elle devient ouverte en 1744, alors qu'il semble que personne n'y soit vraiment préparé. Après une première retraite épouvantable d'Italie, les Franco-Espagnols abandonnent les Alpes Maritimes et se replient sur le Var. Les Espagnols qui souhaitent se rembarquer laissent le maréchal Maillebois et 12 000 hommes face au général Brown fort de 40 000 Austro-Piémontais. Le maréchal Belle-Ile réussit à redresser la situation grâce au soulèvement des Génois qui inquiètent les Autrichiens et qui précipitent leur attaque (1746). Les protestants du Languedoc s'agitent et sont prêts à les soutenir, l'ennemi s'empare de Castellane et des îles de Lérins. Belle-Ile qui s'attend à cette manoeuvre reprend l'offensive au centre, traverse l'Argens et contraint l'ennemi à se replier au delà du Var. Epuisés, les adversaires prennent leur cantonnement et au printemps les français libèrent les Iles de Lérins.

La vie politique jusqu'à 1788 sera relativement linéaire, le pouvoir est concentré entre les mains des intendants qui sont souverains sur toutes les décisions. Les affaires judiciaires révèlent une forte élévation du brigandage auquel on répond par l'envoi de paysans mercenaires. Les Marseillais continuent d'armer à la course durant la guerre avec les Autrichiens, mais aussi pendant la guerre d'indépendance américaine.

Ce siècle que l'on appellera siècle des lumières ne trouve pas la Provence en retard dans ce domaine, la qualité architecturale des hôtels particuliers des grandes villes le prouve. L'enseignement est également fort présent pour l'époque et de nombreuses villes disposent d'un collège, ce qui n'empêche pas un très faible taux d'alphabétisation dans les rangs du peuple (10% en Provence pour une moyenne nationale de 21%). Il est à noter que la haute Provence était beaucoup mieux instruite que la basse. La Provence donne également le jour à de nombreux érudits encyclopédistes (le père Pézénas qui fonde l'observatoire de Marseille, Tournefort, Peysonnel, médecin de la peste, Adanson, D'Inguimbert à Carpentras et de Méjanes à Aix qui lèguent leur bibliothèque à leurs villes respectives).

 

 

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