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Du VIème au XVème siècle
DU VIème AU Xème SIECLE
Alaric II roi des Wisigoths est tué à Poitiers par Clovis, roi des Francs. Les Burgondes aidés des Francs s'emparent de la basse Durance. Ils sont arrêtés en Arles par les Ostrogoths. Théodoric, le roi des Ostrogoths, repousse les Burgondes au-delà de l'Isère.
Comme les Ostrogoths agissent à la demande de l'empereur romain de Bysance, ils sont accueillis en libérateurs et ils rétablissent pour une courte période les institutions romaines.
Les Francs annexent en 534 la Burgondie, mettent le siège devant Arles et se font céder la Provence en 536.
De Clovis à Charlemagne :
Pour
les descendants de Clovis, installés dans le nord de la France, la Provence ne
présente que peu d'intérêt mis à part le débouché Méditerranéen
qu'offrent ses ports.
Les démembrements nombreux, successifs aux héritages mérovingiens, et les pillages lombards ont un effet désastreux sur la vie matérielle et spirituelle.
De 580 à 599, 7 épidémies (variole, dysenterie et peste) déciment les populations, les campagnes sont abandonnées et les marécages reprennent leur place, on ne parle plus de Villa mais de castella fortifiés. Dans les villes, on aménage des habitations dans les monuments romains pour se protéger (théâtre d'Orange, Arènes d'Arles); même l'église est touchée, l'évêque de Carpentras s'enfuit à Venasque, certains évêchés disparaissent. Seule à cette époque Marseille s'en sort grâce aux échanges avec l'Orient et Rome.
A partir de l'an 700 les comtes francs installés en Provence ont tendance à se croire autonomes. Là-dessus, les Sarrasins arrivent et montent jusqu'à Lyon en passant par les Pyrénées et le sud-ouest. Bien que leur avance soit arrêtée par un maire du palais énergique qui s'appelle Charles Martel en 732, ils se replient sur le Sud-ouest.
Les comtes provençaux s'insurgent contre le pouvoir central, Charles Martel descend et s'empare en 736 d'Arles et Marseille; les villes de Provence déjà fort affaiblies sont livrées au pillage. Les nobles révoltés font appel aux sarrasins. L'armée franque revient en 737 et massacre la quasi-totalité de la population d'Avignon. Il faut attendre 739 et le renfort des Lombards pour que soient chassés provisoirement les Sarrasins.
Le pays totalement dévasté se soumet au pouvoir Franc qui administre fermement la région sous Pépin le bref et Charlemagne. A cette période, la vie agricole connaît un nouvel essor.
A la mort de Charlemagne, la Provence est attribuée à Lothaire. En 838, les Sarrasins reviennent et dévastent Marseille, emmenant une bonne partie de la population. Arles est également pillée en 842. De plus, des Normands pénètrent en Méditerranée et terrorisent la Camargue.
Les comtes provençaux se révoltent à nouveau et on voit apparaître en 855 un royaume de Provence qui deviendra royaume de Bourgogne.
LE SAINT EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE
En 1033, le royaume de Bourgogne est intégré au Saint Empire Romain Germanique. Cette intégration ne sera pas marquée par une empreinte très forte, les révoltés comtes provençaux continuant à administrer directement leurs terres en toute impunité.
La région vit dans la crainte
Sarrasine durant une centaine d'année (assez longtemps pour laisser le nom du
massif des
Maures). Ces derniers sont installés dans le Var, à la Garde Freinet, et
organisent régulièrement des pillages et razzias qui vont jusque dans le
Valais suisse. Ils dévastent régulièrement les villes de Provence (Apt en
896, Aix en 923 et 925, San Rémo, les monastères du Piémont...) Il est
impensable que les comtes de Provence supportent ces pillages, mais il faut
noter qu'ils ne disposent pas d'armées et que les maigres troupes levées ne
peuvent servir qu'à défendre les places fortes. Il faut attendre Hugues
d'Arles qui, après avoir assis son autorité en Italie, s'allie à la puissance
navale des Byzantins qui bloquent les ports arabes. Hugues commence à repousser
les Sarrasins mais il arrête de lui-même, son royaume d'Italie risquant de lui
être volé. En 968, les Sarrasins capturent le puissant abbé de Cluny au col
du grand St Bernard et les moines doivent verser 1 000 livres d'or pour sa libération.
L'affaire ayant fait grand bruit, une coalition menée par le Comte Guillaume déloge
enfin définitivement les musulmans rendant les campagnes de Provence sures.
Après ces trois siècles de troubles dévastateurs, la Provence connaît enfin une nouvelle période de prospérité. De nombreuses terres sont remises en culture, des chapelles sont construites pour des paysans nouvellement installés, la productivité et les conditions de travail s'améliorent, les canaux d'arrosages sont remis en état et l'assèchement des marécages reprend. Des terres sont distribuées à de nouveaux venus, le vin et les animaux de ferme sont produits en grande quantité, des pêcheries sont signalées en Camargue et sur l'Etang de Berre, des moulins sont construits ou reconstruits. Ce nouvel essor économique réveille également le commerce international dont Marseille sait à nouveau tirer profit.
Cette période de prospérité enrichit également les villes qui voient apparaître une nouvelle population de bourgeois payant l'impôt en argent (non plus en corvées), cette émancipation prend forme en 1 100 par la constitution de consulats se chargeant d'administrer les villes.
La vie religieuse connaît également un nouvel essor, les monastères prennent de plus en plus de place face au clergé classique trop lié au pouvoir politique, malgré un certain "ménage" opéré par les papes.
1125 :
La grande saga des héritages entraîne en 1125 un nouveau partage de la Provence. La partie sud est donnée à la maison de Catalogne et la partie nord au Comte de Toulouse.
Le Comte Raimond VI de Toulouse, accusé de favoriser les Cathares, est excommunié par le Pape. Le roi de France est sommé d'engager une croisade contre les Toulousains; même si celui-ci s'abstient d'intervenir directement, une troupe de chevaliers français attaquent et battent les Toulousains et les Catalans près de Muret. Simon de Montfort installe des chevaliers français dans le sud ouest et écarte l'hégémonie catalane.
Le concile de Latran laisse tout de même à Raimond VI la jouissance de ces terres provençales. En partant de Marseille, Tarascon et Avignon qui l'accueillent avec enthousiasme, il reconquiert son royaume soulevé contre Simon de Montfort qui meurt en 1218.
La ville indépendante d'Avignon prend dans le même temps l'avantage sur Guillaume des Baux ennemi des Toulousains et qui compte sur les ennuis de la maison de Toulouse pour agrandir son territoire; il est fait prisonnier et égorgé.
Le
clergé furieux de cette tournure défavorable des événements oblige le roi de
France Louis VIII à attaquer le Comte de Toulouse. Le roi met le siège devant
Avignon qui réussit à tenir tout un été avant de capituler et de voir ses
remparts détruits ainsi semble-t-il que son fameux pont Saint Bénezet. Louis
VIII, malade, ne peut continuer la campagne et ne prend pas Toulouse.
Raimond VII est malgré tout obligé de céder à Louis IX une grande partie de ses états, et les Capétiens s'installent dans la forteresse de Beaucaire.
1216 :
Le pouvoir vacant est confié par les seigneurs provençaux au jeune Raimond Berenger V qui est soustrait à la semi liberté dont il jouissait en Aragon. A sa majorité en 1219, il sera le premier Comte Catalan à administrer directement les terres provençales. Il installe sa cour à Aix-en-Provence et sillonne son territoire recevant hommage de ses vassaux. Fidèle serviteur de l'Eglise, il soutient la croisade albigeoise, s'empare de Marseille, d'Arles, Grasse, Tarascon, Nice. Il fonde en 1232 la ville de Barcelonnette. Aidé de Romée de Villeneuve, il installe une administration forte et unifie la région.
1245 :
Après la mort de Raimond Berenger V, Charles d'Anjou, fils de Blanche de Castille, épouse l'héritière de Provence et s'empare ainsi de la région en 1246. A son retour de croisade en 1251, il doit mettre fin à une révolte mené par un seigneur des Baux soutenu par Marseille, Arles et Avignon. La paix totale est signée en 1257.
En 1259, aidé de juristes et de clercs peu aimés des provençaux, jugeant son pouvoir assis, il entame la saga italienne de la maison d'Anjou en convoitant et en prenant le Piémont, la Sicile et toute l'Italie. Ces conquêtes entraînent de longues luttes coûteuses et stériles durant une centaine d'années, entre autres contre les Aragonais.
Il est à noter que toute cette période Angevine sera pour la Provence une période de forte prospérité et de croissance démographique, les relevés fiscaux font état (en 1315) d'une population d'environ 400 000 habitants pour la Provence dont 100 000 pour le Comtat Venaissin. Les places fortes sont délaissées, de nombreux défrichements ont lieu, la vie citadine se développe grâce à des franchises fiscales (Carpentras, Cavaillon, Pernes, l'Isle sur Sorgue, Pertuis, Manosque, Salon, Apt, Forcalquier, Valensole, Riez, Digne, Moustiers, Sospel...), des foires sont organisées.
Autre événement majeur de
l'histoire provençale, l'installation des Papes en Avignon. Comme nous avons pu
le voir, en raison des guerres en Italie, la papauté n'est plus en sécurité.
Par conséquent, lorsqu'il est élu en 1317, à 72 ans, Jean XXII, ancien évêque
d'Avignon, s'installe dans son ancien palais épiscopal. La présence des papes
qui deviennent propriétaires de tout le Comtat et d'Avignon dure presque 100
ans. C'est de cette époque que subsiste le cas particulier de l'enclave
Vauclusienne de Valréas. Avignon prend un large essor avec un flux de
population d'origine
italienne,
catalane, allemande, française et languedocienne, en fonction de la nationalité
des Papes élus. Le palais des papes est construit et de brillantes fêtes agrémentent
les événements, offrant aux productions des plaines du Comtat un débouché sûr
et même insuffisant pour nourrir tout le monde. Une nombreuse population juive
s'installe dans le Comtat, du fait de persécutions, le pape leur accordant sa
protection.
Dans les années 1340, la surpopulation de la Provence entraîne l'apparition de famines, la peste noire se déclare, on peut admettre que ces deux fléaux conjugués ont décimé la moitié de la population de Provence.
Un malheur n'arrivant jamais seul, le royaume de Naples Anjou dont dépend la Provence se désagrège. L'administration et l'armée s'affaiblissent. Dès 1355, des bandes de pillards (routiers) ravagent la Provence, détruisant Draguignan, Brignolles... Les états de Provence réunis à Aix font appel aux soudards du Comte d'Armagnac, finalement ils paient rançon aux uns et aux autres. Une guerre oppose Naples à la France. En 1372, Duguesclin s'empare de Tarascon et bat les Provençaux à Céreste. L'intervention du pape Urbain V permet une trêve, mais la Provence est exsangue. En 1365, Charles IV, empereur du Saint empire Romain Germanique, se fait couronner roi d'Arles et rappelle ainsi sa souveraineté sur la Provence.
1385 :
Il faut attendre 1385 pour que la reine Marie de Blois aidée du pape Clément VII puisse installer une deuxième maison d'Anjou en la personne de son fils Louis II; distribuant habilement argent et privilège, elle obtient le soutien de ses vassaux. La Provence reconnaît la légitimité d'Anjou à l'exception d'Aix qui, comme bien souvent depuis, est à contre courant et ne se soumet que 2 ans plus tard. Malgré tout, l'équivalent des Alpes Maritimes et l'Ubaye préfèrent se rattacher à la Savoie. Louis II est ensuite tenté de reconquérir le royaume de Naples mais il n'y parvient pas.
Ce demi siècle d'épreuves marque beaucoup la région et entraîne de forts bouleversements sociaux. La population décimée a quitté les villages et a regagné les abris fortifiés, le reste est en ruine. Les paysans quittent leurs seigneurs pour occuper directement des terres, ainsi en 1371 on compte à Sisteron plusieurs nobles mendiants. Les seigneuries sont rachetées par des riches fermiers et des marchands spéculateurs des villes ayant moins souffert des événements. Même l'église est profondément affaiblie et les services religieux sont en bien des endroits impossibles. Le départ des papes entraîne une déchirement des évêques plus préoccupes par leurs revenus que par les questions spirituelles.
1471 :
La paix revenue permet à la croissance de revenir, tout d'abord près des villes dont le pouvoir est renforcé. On repeuple les villages grâce à des étrangers que l'on va chercher en Italie, des Ligures dans les Alpes Maritimes, des piémontais entre Manosque et Cavaillon. Ces nouveaux venus, de religion vaudoise, fondent d'ailleurs un bastion d'hérétiques. Des Savoyards s'installent dans le Comtat, des Italiens à Marseille.
On cultive le blé avec des fortunes différentes suivant les lieux, la vigne, et, dans une moindre mesure, l'olivier, les figues, les amandes, le chanvre, la lavande et le vermeil du chêne Kermès utile en teinturerie. L'élevage qui nécessite peu de main d'oeuvre est partout prépondérant : boeufs moutons que l'on commence à faire transhumer d'Arles en Haute Provence. La forêts qui était menacée reprend ses droits du fait du dépeuplement. Les routes à nouveau sûres favorisent commerce et artisanat (cuir, peaux, laine, tissage). La soie apparaît, importée d'Italie. Des moulins à papier s'installent dans le Comtat, des verriers s'installent dans le Lubéron. Le commerce est entre les mains de banquiers Avignonnais au détriment de Marseille fort affaiblie.

C'est durant cette période que le roi René, si bon au coeur des aixois, règne, plus occupé au début de sa vie par la reconquête de Naples. Il se retire durant ses dix dernières années en Provence, plus particulièrement à Aix d'où il se rend souvent à Gardanne pour s'intéresser à la culture et l'élevage; il est particulièrement passionné par son troupeau de moutons qu'il fait accompagner partout de musiciens champêtres. Il conclut des accords internationaux de commerce avec Gènes, Florence, Tunis qui lui envoie des animaux exotiques. Favoriser la prospérité de ses sujets n'est pas désintéressé puisqu'il a lui même de gros besoins financiers pour entretenir sa cour et son hôtel. Il accorde par exemple sauvegarde et protection aux juifs moyennant de substantiels versements d'argent; il lève unilatéralement de nouveaux impôts. Malgré ceci, il a tout de même le mérite de faire codifier le droit public provençal.
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